Concevoir et fabriquer un navire miniature propulsé à l’hydrogène, puis le mettre à l’eau : c’est le défi lancé par l’ENSIBS à ses élèves-ingénieurs de 4e année avec le Challenge Navire H2. Parrainé par Energy Observer Concept et K-Challenge Lab, avec l’appui de Bretagne Next, il sera présent à la Route du Rhum 2026 avant de s’ouvrir à d’autres établissements bretons en 2027.
Voir son projet d’études naviguer sur les flots. C’est l’ambition du Challenge navire H2. Sous la conduite de l’ENSIBS (École nationale supérieure d’ingénieurs de Bretagne Sud), cette initiative invite les étudiants de 4e année de l’établissement à concevoir et fabriquer un navire miniature propulsé à l’hydrogène en respectant un délai et un budget impartis.
La compétition puise son inspiration dans le H2GP mettant aux prises des voitures télécommandées propulsées à l’hydrogène. « L’ENSIBS étant basée à Lorient, cela avait du sens de concevoir des bateaux. Ce challenge concrétise le travail d’un an avec nos étudiants et apprentis, indique Gwendal Vonk, enseignant-chercheur dans la filière « Énergies, Hydrogène » de l’ENSIBS. Le fait d’en faire une véritable course rajoute une contrainte à cette finalité. L’objectif n’est pas seulement d’avoir un navire fonctionnel mais qu’il puisse être utilisé pendant dix à quinze minutes. »
Conçus au cours de l’année 2024-2025, les premiers modèles réduits ont pris l’eau lors de la première édition du Challenge, dans le cadre du BrittanHy Day 2025, à Lorient. « C’était vraiment un crash test, resitue Gwendal Vonk. Nous avions un objectif de quatre bateaux. Seulement deux ont finalement pris l’eau. En juin 2026, pour l’année scolaire 2025-2026, quatre bateaux fonctionnaient pour une présentation lors de Navexpo. On note donc une amélioration. »
Des industriels parrains du Challenge navire H2
Afin d’asseoir la crédibilité du Challenge navire H2 et permettre sa pérennité, des industriels sont devenus parrains de la compétition à l’occasion du BrittanHy Day 2025.
Organisé par l’agence Bretagne Next, dans le cadre du programme Bretagne Hydrogène Renouvelable, l’événement de la filière bretonne de l’hydrogène offrait le cadre idéal pour accueillir la première édition officielle du Challenge et mettre en lumière, auprès d’industriels, les capacités d’ingénieurs en devenir. Ainsi, Energy Observer Concept et K-Challenge Lab ont embarqué dans l’aventure, sous l’impulsion de Bretagne Next.
« Il existe peu de projets étudiants autour de l’hydrogène au niveau national, explique Lucas Ricoux, ingénieur projet cryogénie au sein d’Energy Observer. Le Challenge navire H2 permet de concilier ingénierie et recherche. Il favorise les échanges et nourrit les réflexions. » Gwendal Vonk complète : « Une équipe avait déjà une démarche d’ingénierie. Elle avait l’impression, d’un point de vue académique, de ne pas bien mener son projet. Or, elle avait sollicité des entreprises locales pour récupérer des pièces, des chutes de matériaux. Elle avait réalisé une étude de points de fonctionnement poussée et l’avait restituée. Son projet a été validé par EO Concept et cela a beaucoup compté pour les étudiants. C’est là toute l’utilité du Challenge navire H2 : sortir de l’école et se confronter au monde extérieur. »
Jusqu’à séduire les recruteurs ? Presque. En tout cas, le Challenge Navire H2 permet aux participants de poser les bases de futures collaborations avec des industriels, comme le souligne Lucas Ricoux : « Comme la plupart des entreprises d’ingénierie, nous accueillons des stagiaires ou des alternants presque chaque année. Sur un projet comme celui-ci, si une relation se crée et qu’un ou plusieurs étudiants manifestent de l’intérêt, c’est une forme de pré-recrutement : on a échangé avec eux pendant toute l’année, et on sait déjà qui a quel profil et quelles compétences pourraient convenir à l’équipe. »
Une nouvelle édition lors de la Route du Rhum 2026
Ces relations étudiants-entreprises pourront être prolongées lors de la deuxième édition du Challenge navire H2. Et quel meilleur cadre que la Route du Rhum Destination Guadeloupe 2026 pour voir ces prototypes à l’eau ?
Proches du pavillon d’Energy Observer Foundation installé sur le Village départ de cette grande transatlantique, neuf navires flotteront à quelques encablures des navires des classes Ultim (maxi-trimaran), IMOCA (monocoque) ou encore Ocean Fifty (trimaran de 50 pieds). Sept ont été conçus par des équipes d’étudiants de l’ENSIBS, deux sont les fruits du travail d’élèves du GIP CEI – Campus Esprit Industries de Redon. Parmi eux conçus, l’un intègre une voile. De quoi montrer les complémentarités possibles entre propulsion par le vent et propulsion à l’hydrogène.
En 2027, un troisième volet du Challenge Navire H2 sera organisé. Aux côtés des étudiants de Redon et de l’ENSIBS, devraient figurer des étudiants de l’ENSM (École nationale supérieure maritime) de Saint-Malo, de l’INSA de Rennes, mais également des lycées Maupertuis et Florence-Arthaud de Saint-Malo, Pierre-Guéguin de Concarneau et Marcel-Callo à Redon. L’ambition reste la même : transmission, échange et apprentissage pour tous. « Parfois, on apprend également des élèves », conclut Lucas Ricoux.



